|  | J'ai 22 ans, je finis mon école d'infirmière, et ce que je vous livre ici est une partie de ma vie dans laquelle certaines se reconnaitront malheureusement peut-être.  J'avais 19 ans quand j'ai croisé un matin tôt dans la rue un individu qui avait décidé de parvenir à ses fins. Alors que je me rendais simplement en stage comme d'habitude, j'ai vécu ce que je qualifie de descente aux enfers, le viol... Inutile de m'éterniser sur ce que j'ai pu ressentir à ce moment là , j'étais détruite. La destruction complète en quelques instants... Pour ma part, j'ai décidé de ne pas porter plainte directement au commissariat pour ce qui venait de se passer, me sentant incapable de subir des examens médicaux le jour même. Pendant les semaines et les mois qui ont suivi, j'ai dépensé une énergie folle pour cacher ce qui était arrivé, pour ne rien laisser paraitre, pour que personne ne se doute de ce qui était arrivé. La honte, la culpabilité, le sentiment de dégout de moi-même, bref, autant de choses qui me poussaient à ne rien avouer. J'ai mis au courant uniquement un ami, qui je le savais, ne me jugerait pas. Puis les semaines et les mois ont passé. Forcément, pour survivre, il fallait que je trouve des fuites pour échapper à la réalité. Boîtes de nuit, alcool, et pleins d’autres choses... Je me suis détruite, non seulement psychologiquement, en m'empêchant d'en parler et donc d'être aidée, mais aussi physiquement, en buvant beaucoup, en passant des nuits entières en boites à ne plus m'en souvenir le lendemain etc... Je me suis détruite dans ma sexualité aussi, tellement cet aspect de ma vie n'avait plus de valeur… Bref, j'avais mal et je cherchais n'importe quel moyen pour anesthésier cette douleur. Je venais d'une famille catholique pratiquante, mais inutile de préciser qu'à cette période de ma vie, j'avais décidé de tourner le dos à Dieu ! Un Dieu qui m'aime mais ne me protège pas de ça, non merci ! J'ai passé une grosse année comme ça, jusqu'à ce que mes amis soient petit à petit au courant, de par mon comportement. La fatigue était grande.  Un WE, alors que je voyageais en train, j’ai soudainement pris conscience que dans cette épreuve, Dieu n'avait pas été un spectateur impuissant, mais qu'il avait été avec moi, et qu'il avait souffert avec moi. Je ne pouvais pas m’expliquer comment j’en arrivais à penser cela mais j’en étais sûre ! Ma révolte laissait la place à la certitude que durant tous ces mois, il était à mes côtés, essayant de me relever… J'ai petit à petit réussi à sortir la tête de l'eau et j'ai commencé à aller de l'avant par rapport à cette épreuve. Par contre, une chose est sure, c'est que sans l'aide de certains amis proches, jamais je n'aurais dépassé ça aujourd'hui. Pour ma part, j'ai décidé de ne pas aller voir de psychologue ou autres médecins, parce que je ne m'en sentais pas capable. Avec du recul aujourd'hui, je me rends compte que c'était surement une erreur, j'aurais peut être avancé plus vite. Je ne me suis pas non plus appuyée sur ma famille dans cette épreuve.  Le seul message que je souhaite faire passer aujourd'hui, c'est qu'avec le temps, l'aide de Dieu, et le soutien de certains amis, cette épreuve est surmontable. Ce serait mentir de dire que l'on en sort comme avant (et cela a souvent été mon but, de redevenir comme avant, chose qui ne fait pas avancer), ce serait mentir aussi que vous dire qu'aujourd'hui je suis complètement reconstruite par rapport à ça. Je l'avoue, je ne prends pas encore le métro seule, je ne sors pas encore seule dans la rue quand il fait nuit, je ne suis pas encore prête à construire une relation avec un garçon, mais je réapprends doucement à vivre avec cette épreuve, à me dire que je suis capable d'aimer et d'être aimée, et j'arrive surtout à me dire qu'être heureuse n'est pas réservé uniquement aux personnes qui n'ont pas vécu ça. | Â
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